Dieu sait si j’aime l’Angleterre. J’y ai vécu huit ans, j’y ai des amis, des habitudes. Pourtant Londres, ces temps-ci, me fait de la peine... Ou plutôt, ce sont les anglais qui me désolent.C’est peu dire que ce pays va mal, sitôt qu’on s’éloigne des stades de foot.
Ça tangue méchamment, au plan économique : la crise y sera sans doute pire qu’ailleurs ; sans doute parce que la bulle y avait là-bas gonflé, beaucoup plus qu’ailleurs.
L’Angleterre, pays du savoir-vivre et du raffinement patauge désormais dans la plus navrante médiocrité.
Du Moyen-âge à la Renaissance, ce sont bien les Anglais qui ont, sur les quais de Gironde, développé les vins de Bordeaux. Ils l’appellent depuis toujours Claret, vin rouge léger dont ils faisaient grand cas. C’est d’ailleurs ce nom qu’ils continuent de donner à tous les Bordeaux Rouge. Barton… Palmer… on trouve des noms anglais partout en Médoc. Leur connaissance des grands et beaux vins ne s’est jamais démentie. Les plus belles caves d’Europe, c’est à Londres qu’on les trouve.Et voici qu’ils sont tombés sous le charme de la plus désolante, la plus insipide, des boissons qu’on vend ici et là sous le nom de « vin » … En anglais, « wine ».
J’étais à Londres la semaine passée. Entrez dans n’importe quel bistrot sympa ou restaurant de qualité, où vous trouviez, naguère encore, de beaux vins français, italiens, espagnols, argentins, chiliens. Jetez un œil à la carte. Vous n’y trouvez pratiquement plus que des vins australiens !
Franchement, je préfère encore vos soirées arrosées à la bière !
Sérieusement. Vous qui, au-delà de toutes nos chamailleries et bagarres ancestrales, avez toujours été à nos côtés, alliés dans la défense des vins de qualité, je suis consterné de vous voir désormais basculer dans le mauvais goût et l’ignorance des vins de qualité. On me dira que j’exagère. Qu’il y a des bons vins en Australie. D’accord mais pas beaucoup ! Dont le somptueux Clarendon Hills. Mais ce n’est pas celui-là qu’on trouve à Londres. Savez-vous pourquoi ?
Si les vins australiens ont à ce point la cote outre-manche, c’est qu’ils y sont fourgués à bas prix. Lâchons le mot : ils sont «cheap ». Et méfiez-vous : à boire des vins cheap, on devient cheap soi-même ! On n’a jamais dégusté des vins de qualité en les achetant au prix de la pinte.
Vous voulez de bons vins à des prix abordables ? Redevenez curieux, soyez inventifs ! Cherchez où l’on travaille des vins de qualité, il y en a partout de merveilleux qui se vendent à des prix raisonnables. Mais n’abandonnez pas aux Australiens cette bataille du goût, comme vous leur aviez cédé celle des avants lors de cette triste tournée de 2006. Renvoyez-les dans leurs 22, leurs caisses de piquette sous le bras.
Ou alors, revenez à la bière, elle a, au moins, de saines vertus diurétiques!. C’est un ami sincère de votre belle nation qui vous y invite.







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